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Il y a 10 ans, Lavillenie franchissait pour la première fois les 6 mètres

6,01 m ! Voilà dix ans tout juste, le 21 juin 2009, Renaud Lavillenie effaçait pour la première fois la barre mythique des 6,00 m, ravissant, de la même envolée, le record de France à Jean Galfione. Ou comment doublement entrer dans l’Histoire.

Un peu moins de cinq ans plus tard, il y en aura un encore plus énorme, en salle cette fois, avec le record du monde porté à 6,16 m mais dans le ciel de Leiria, en ce 21 juin 2009, jour de championnats d’Europe par équipes (et nations), c’est bien un coup de tonnerre que Renaud Lavillenie a fait retentir en battant le record de France de Jean Galfione (5,98 m) et en devenant, à 22 ans, avec ses 6,01 m portugais, le 15e perchiste de l’Histoire à franchir la barre mythique des 6,00 m. 

Renaud, quel souvenir précis gardez-vous de ce moment-là ?
« Je me souviens que j’étais un peu comme un dingue après avoir réussi mon saut, auquel je m’attendais sans m’y attendre. Ce dont je me souviens, surtout, c’est que c’était pour moi le début d’une ère nouvelle. Entre avant ce jour­-là et après, toute la part extra-­sportive a pris une dimension beaucoup plus importante. Les deux jours qui ont suivi après ces 6,00 m ont d’ailleurs été dingues.

Dans quelle mesure ?

« Je n’ai plus eu de temps pour moi. Tout se bousculait. Et j’ai d’ailleurs revécu ça cinq ans après (il bat, avec 6,16 m, le record du monde de Sergueï Bubka, à Donetsk, le 15 février 2014) : quand tu détrônes un homme marquant dans ton sport, comme Jean (Galfione), ce n’est pas rien : ça a forcément un impact. C’était assez intense et il m’a fallu plusieurs jours pour retomber sur terre et reprendre le rythme normal. »

On en revient à ce saut record : à l’époque, vous l’aviez décrit comme « techniquement moche mais efficace »…

« Voilà, c’est ça. Ce jour-­là, j’ai essayé d’être vraiment dans ce côté efficace qui, dans l’absolu, est le plus important à aller chercher puisqu’il vaut mieux mal sauter haut que bien sauter bas, même si c’est mieux de bien sauter haut (sourire)… Là, je me souviens très bien que je passe un peu loin, je tombe un peu dans la perche mais ce qui m’a marqué, c’est qu’alors que j’essayais de travailler sur quelques trucs comme la fixation du genou, l’engagement, etc., là, j’ai d’abord été capable de ne rien lâcher, d’aller jusqu’au bout dans mes sauts. Après, il y a quand même un deuxième élément : j’ai toujours eu cette petite frustration que derrière, en raison du règlement de l’époque, aménagé depuis, sur la limite du nombre d’échecs dans un concours, de ne pas avoir eu tous mes essais pour tenter le record du monde. Mais pour le reste, j’étais amplement satisfait. Et je me souviendrai toujours des petites phrases comme celle de Ladji Doucouré : "Bienvenue au club des recordmen de France." C’est pas rien ! »

 

La semaine d’avant vous aviez franchi 5,96 m à Aubière, meilleur performance mondiale de l’année à l’époque et ce, sur une piste rafistolée pour être rallongée. Le déclic ?

« Cette perf­' là n’était pas anecdotique. Elle était survenue juste après une contre­perf' à Moscou où, là, vu ce que je produisais à l’entraînement, je "devais" faire 5,90 m et j’avais fait de l’ordre de 5,40 m (5,37 m). Et parce que je ne pouvais pas concevoir de partir en Coupe d’Europe en ayant fait une perf de m… auparavant et surtout parce que j’avais perdu des réglages, j’ai sauté aux Régionaux aux Cézeaux. Et ça m’a donné raison. Ce qui est intéressant, c’est de savoir s’adapter aux conditions, météo, physiques ou autres, pour rester efficace, justement. Or, là, j’avais réussi à régler tout ce qu’il fallait et ce concours d’Aubière m’a permis d’avoir le déclic que j’attendais. Derrière, c’était parti ! »

Vous évoquiez votre envie de ne rien lâcher…

« Depuis des années, on cataloguait le perchiste comme devant forcément être grand (il mesure 1,76 m), etc. Tout un tas de c… Ça n’avait pas énormément d’impact sur moi parce que je sautais à la perche pour d’autres raisons. Mais cette compétition m’a permis de dire que c’était autre chose… J’en retire vraiment quelque chose de positif… »

A l’époque, vous aviez comme entraîneur Damien Inocencio. Où en étiez-vous alors du travail avec lui ?

« Là où on avait été efficaces avec Damien, c’est que j’avais réussi à libérer la façon avec laquelle je devais sauter pour aller haut : éviter d’écouter un peu tout ce qu’il se passait, se dire que si je devais passer un peu plus loin, eh bien je passerais un peu plus loin, que si le genou devait avoir moins d’importance, eh bien, il en aurait moins… Tout ce genre de petits trucs. Et une fois que tout ça a été mis en place, ça m’a fait avoir le déclic. »


Propos recueillis par Jean-Philippe Béal

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