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Photo © ANTONIN THUILLIER

Pierre-Charles Peuf : "Doha a servi"

Aux premières loges lors des championnats du  monde de Doha (Qatar), le Clermontois et référent national sauts Pierre-Charles Peuf revient sur le bilan français et établit les premières perspectives.

Doha, moyenne basse ou naufrage ?

Ce n’est pas un naufrage. Il faut rappeler qu’on a rarement ramené 8 médailles des « monde » mais plutôt entre une et quatre de moyenne. Deux dans un contexte de malchance, ce n’est pas si mal, surtout que l’on a tendance à ne pas réussir les championnats pré­olympiques. En outre, calculé à la table hongroise, c’est le championnat du monde le plus relevé de l’histoire, avant Pékin (2e) et Londres (3e).

Ni cadres au rendez-vous ni bonnes surprises.

Avec une médaille d’or de plus, le bilan devient « exceptionnel ». Mais Yohann Diniz n’est pas arrivé dans de bonnes dispositions, Kévin Mayer n’a pas eu de chance, Renaud Lavillenie n’était pas dans sa meilleure saison... Et il y a eu peu de bonnes surprises. Mais il faut être réaliste, ramener aux bilans : 90 % de nos athlètes se situent entre la 16e et 20e places mondiales. La cote athlétique donne une explication statistique. Alors, effectivement, il y a un creux générationnel. Il manque de lien entre la génération des tauliers et celle des petits jeunes. Au total, cela laisse un sentiment mitigé de légère déroute de l’équipe de France.

Et que pensez-vous des critiques émises sur le staff ?

J’avais la sensation de ne pas vivre ce que disaient les journaux, la morosité ambiante, les conflits internes. Je trouve que les journalistes sur place H24 ont surréagi. Le travail qu’on fait est utile, va dans le bon sens. Il ne peut pas donner des résultats tout de suite.

L’équipe de France était quand même composée de 65 athlètes...

On nous a toujours reproché d’être plus dur que l’IAAF. Effectivement des pays envoient tous leurs qualifiables. Nous, si on n’envisageait que les médaillables potentiels, on serait parti à 6 personnes. Mais il faut aussi préparer l’avenir, intégrer des U23. Si on est plus dur, on ne laisse pas la possibilité à un Bedrani d’exploser à la 5e place du steeple, à un Valentin (Lavillenie) de croquer en finale... Il faut aussi créer cette expérience.

Place à la préparation pour les JO ?

Déjà, Doha aura servi d’un point de vue climatique. On s’est rendu compte de cet impact. A Tokyo, en juillet, les athlètes se retrouveront dans des conditions assez similaires. C’est à peine moins humide et les stades ne sont pas climatisés. Sur cette année olympique, beaucoup vont faire l’impasse sur l’hiver et préparer tranquillement le tout début de l’été pour attaquer très en forme. Les championnats de France se déroulent le 21 juin et la sélection est dévoilée deux jours après.

Quelle peut être l’équipe de France aux Jeux ?

On devrait partir avec une équipe un peu plus réduite constituée d’une vingtaine d’individuels. Avec les relais sans doute entre 45 et 50.

En comptant sur nos leaders actuels ?

Viendra un jour où on ne pourra plus. Yohann (Diniz) aura 42 ans, mais son projet est d’aller là-­bas ; Renaud (Lavillenie), ça va lui donner beaucoup d’agressivité et de volonté ; pour Kévin (Mayer), ça reste du décathlon avec une part de risque ; Quentin (Bigot), Alexandra (Tavernier) sont dans cette bonne génération. Et puis, les plus jeunes vont commencer à être performant comme Kpatcha et David (longueur), Sene (perche)...

Avons-nous, en France, les structures...

Pour sortir 4 médailles en 2024 ? On a une structuration efficiente mais on n’a pas, non plus, un sytème à l’américaine et autant de moyens. En fait, on n’est pas un très grand pays et on ne fait aucune impasse sur aucun sport. Mais, ça, c’est la définition d’une nation sportive. Et c’est mieux.

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