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Photo © Franck Boileau

Prudhomme : "J'adore l'étape 100 % cantalienne du Dauphiné"

Directeur des épreuves cyclistes d'ASO, Christian Prudhomme a présenté ce lundi le tracé de la prochaine édition du Critérium du Dauphine qui, les 9, 10 et 11 juin, empruntera les routes auvergnates.

Vous dirigez les organisations du Tour de France, de Paris-Nice, ainsi que celle du Critérium du Dauphiné. Qu'est-ce qui fait, selon vous, la particularité et la réputation de cette course ?

« Le Dauphiné (du 9 au 16 juin cette année), c’est la route vers le Tour. Quand on est dans ses cols au mois de juin, on pense au Tour. En 2019, le plateau sera, comme chaque année, très beau avec la présence de Chris Froome, triple vainqueur du Dauphiné, avec Richie Porte, avec Dan Martin, avec Jakob Fuglsang, qui a gagné il y a deux ans, et avec la quintessence d'un cyclisme français brillant, avec le régional Romain Bardet, avec Thibaut Pinot, avec Julian Alaphilippe, Warren Barguil... C’est à dire avec ce qui se fait de mieux. On aura une bagarre pour la victoire mais où on rêvera aussi de ce qui pourrait se passer un mois plus tard. »

Les équipes abordent-elles cette épreuve dans le but de préparer le Tour de France ou bien viennent-elles avec des ambitions ?

« Pour la plupart, le Dauphiné est un véritable objectif. On ne peut pas être bon sur le Tour de France si on n’est pas bon sur le Dauphiné. Il n’y a qu’à prendre les résultats des dernières années. Sur les sept derniers vainqueurs du Tour, cinq ont gagné le Dauphiné juste avant. Donc on vient pour gagner le Dauphiné. Tous ne sont peut-être pas à 100 % de leurs moyens, mais ils viennent pour se jauger, avec l’équipe du Tour le plus souvent et avec l’espoir de se dire que si on est bon en juin, on sera bon en juillet. »

Quelles sont les nouveautés que présente ce parcours 2019 ?

« C’est un parcours typique du Dauphiné. Et pourtant, c’est la première fois qu’il s’élancera du Cantal, avec une vraie logique régionale Auvergne – Rhône-Alpes. La course va aller d'Ouest en Est, du Massif central vers les Alpes, jusqu'en Suisse, avec des terrains pour tous. Un peu pour les sprinters, beaucoup plus pour les baroudeurs et un peu pour les rouleurs avec le contre-la-montre de Roanne. Sans oublier ce week-end final, classique du Dauphiné, avec beaucoup de cols, des étapes courtes, où tout peut se passer. Car même si cinq des sept derniers vainqueurs du Dauphiné ont ensuite gagné le Tour, il y a une bagarre jusqu’au bout. C’est toujours indécis et j’imagine que ce sera encore pareil cette année. »

Critérium du Dauphiné : trois étapes 100% auvergnates

Les trois premières étapes auvergnates, avec leur profil, promettent une belle bagarre d'entrée...

« Il peut y avoir une bagarre formidable. J'adore la première étape, 100 % cantalienne, par le puy Mary. Elle est faite pour les baroudeurs. C'est exactement pareil le lendemain, entre Jussac et Craponne-sur-Arzon, avec un final qui présente des côtes raides et courtes, faites pour les spécialistes des classiques ardennaises.  Le nouveau n° 1 mondial, Julian Alaphilippe, devrait a priori être plutôt pas mal sur ce type de parcours, lui qui a remporté une étape l'année dernière sur le Dauphiné. »

Il y a cependant moins de cols mythiques cette année, et une seule ascension classée hors catégorie...

« Il y a des cols nouveaux, pour la plupart. Vous savez, le Dauphiné, c'est aussi un élément pour les Tours futurs. A vous de voir si éventuellement les ascensions qui sont au parcours de cette année ne seront pas, peut-être en 2020, 2021 ou 2022, sur les routes du Tour. »

Vous évoquiez le cyclisme français, qui se porte bien en ce moment. A commencer par Julian Alaphilippe, qui marche très fort. Jusqu'où peut-il aller ?

« Il faut surtout qu'il reste lui-même, comme Warren Barguil, comme Romain Bardet, comme Thibaut Pinot. Il ne faut pas les enfermer dans une case. Alaphilippe est aujourd'hui, sans doute, le meilleur coureur de classiques. Profitons-en. On sait qu'il peut aussi enthousiasmer les fans de cyclisme en juillet, il l'a fait l'année dernière, comme Barguil l'année d'avant, comme Bardet et Pinot le font régulièrement. On a la chance d'avoir quatre coureurs, et d'autres encore, de grand talent, qui gagnent des monuments. Regardez les trois dernières grandes courses d'un jour : Pinot gagne le Tour de Lombardie l'année dernière, Bardet est médaillé d'argent sur le championnat du monde, et là, sur le premier monument de l'année, Alaphilippe... Cela ne peut pas être un hasard. Ils sont bons. Est-ce que être bon, comme ça, suffit pour gagner le Tour ? Romain Bardet a fait deuxième et troisième du Tour, Thibaut Pinot a été troisième. La dernière marche est toujours la plus dure. »

Comment expliquez-vous cette réussite ?

« La réussite, ça va et ça vient, il y a eu des années de disette. Ces coureurs, on les a vus grandir patiemment. Ils n'arrivent pas là par hasard. En 2015, Alaphilippe fait 2e de la Flèche wallonne et de Liège-Bastogne-Liège. Il a accumulé les places d'honneur avant de commencer à gagner. Thibaut Pinot était à 22 ans 10e du Tour, ce qui n'était pas arrivé depuis 60 ou 70 ans. Romain Bardet, depuis son premier Tour de France, est tout le temps là. Et Warren Barguil, on sait qu'il a la capacité d'émerveiller les foules dans les cols, comme il y a deux ans. Voilà. Si les planètes s'alignent, on peut avoir de bonnes surprises en juillet. Mais aussi dès le mois de juin, avec ce Dauphiné, qui est une course à part entière. »

A Lyon, Arnaud Clergue

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