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Photo © Jean-Louis GORCE

Romain Maillard veut rebondir

Il ne s’en cache pas : ses Mondiaux de trail 2019 de samedi, au Portugal, après ceux très réussis de Penyagolosa en Espagne où il avait terminé 7e et 2e Français, ont été, pour Romain Maillard, « une désillusion », que traduit sa 47e place et que le Clermontois dissèque sans fard, entre humilité, questionnements et volonté de repartir de l’avant.

Romain, que s’est-il passé à Miranda do Corvo ?

« En fait, ça a très vite mal embrayé : je me suis rendu sur la ligne de départ et là, l’organisation avait mélangé tout le monde, sans sas… Je me suis retrouvé avec d’énormes difficultés à passer. Du coup, quand est survenue la première bosse, j’avais déjà dû faire un gros forcing en voulant rentrer direct. Et tout de suite, je sens bien que mes jambes "serrent", que ça ne "monte" pas. Je redescends donc rapidement de la 15e à la 35e place. Entre le 16e kilomètre et le 28e kilomètre, j’effectue une petite remontée pour me retrouver 19e. J’arrive alors à bien gérer une montée un peu plus roulante, qui me correspond peut-être un peu plus. On attaque ensuite la fameuse grande descente et alors qu’habituellement, c’est ma force, là, c’est rapidement l’hécatombe (sic), j’ai tout de suite les jambes tétanisées, et ça défile, ça défile. Au 34e kilomètre, je dois être repassé 25e-26e. Sur les dix derniers, je me fais doubler, doubler, encore. Tout le monde finit à 17 km/h, moi, je suis au maximum à 14,5… »

 

Dans ces cas-là, on pense à quoi ?

« Si je ne portais pas le maillot de l’équipe de France, samedi, j’abandonnais… Je suis un compétiteur, mais il ne faut pas se voiler la face : aller mettre une saison en péril si je n’ai pas le maillot, bien sûr que non, alors que là, je porte le maillot, je vais jusqu’au bout…  »

« Un dur retour à la réalité »

Que vous ont dit les responsables de l’équipe de France ?

« Il n'y a eu que deux-trois déceptions sur l’ensemble de l’équipe de France. Si tout le monde avait eu de mauvais résultats, peut-être qu’ils se seraient un peu plus attardés. Là, ils ne sont pas venus me voir, ils ne sont restés que sur la note positive, tout était génial, beau, super… Au moins, j’ai trouvé du réconfort avec Alex Fine (32e), on s’est réconfortés tous les deux, et puis voilà… J’aurais préféré que ça m’arrive sur une course autour de la maison, ça aurait été plus simple que ça à gérer… C’est un dur retour à la réalité. Des émotions un peu mélangées entre une équipe de France heureuse et championne du monde (*), et la désillusion, pour ma part.  »

 

Aviez-vous déjà subi ce problème de tétanie ?

« J’avais eu un truc un peu similaire, à Gerardmer (aux France de trail long, en 2017) mais je l’avais géré (4e). J’avais vu tout de suite que je n’arrivais pas à "partir" mais je m’étais dit : "Bon, il y a plus de 60 km, on va attendre la suite des événements..." J’avais fait ma course en remontant et j’avais réussi à rééquilibrer les choses. Là, c’était peut-être un épisode similaire à Gerardmer mais en plus intense...  »

 

Avez vous déjà réfléchi à des explications à votre « jour sans »?

« Les éléments de réponse sur le pourquoi du comment j’ai raté cette course, à mon avis, ça représente tout un tas de petites choses et c’est peut-être une petite réaction en chaîne qui a fait la catastrophe : sans que j’ai mangé plus, que j’ai eu des problèmes de poids ou digestifs, j’ai peut-être déjà été plus optimum sur le côté alimentaire. Côté sportif, m’étant vu fort à Buis-les-Baronnies (4e de la course de sélection, en avril, 44 km comme au Portugal), j’ai peut-être un peu négligé certains aspects du travail de descente, depuis. Je suis également arrivé décontracté au Portugal, alors que d’habitude, la montée de stress est différente : je suis "au fond de la gamelle" deux jours avant. Et puis la course elle-même : un départ mal géré que je n’ai pas réussi à relativiser en m’acharnant vraiment à vite remonter. J’aurais peut-être dû prendre un peu plus mon temps parce que Manu Meyssat, lui aussi 31e à un moment, a fini 6e. Moi, j’ai voulu rentrer, rentrer, rentrer, alors que j’aurais dû faire mon train… Enfin, peut-être qu’une petite course d’entraînement après Buis-les-Baronnies aurait été intelligente. Encore un autre petit truc…  »

Le Marathon du Mont-Blanc à la fin du mois  ?

Et maintenant ?

« Maintenant, il va falloir relativiser tout cela, déjà, dans un premier temps. Puis trouver les vraies bonnes raisons : c’est vrai qu’il y a tout un tas de petits enchaînements mais il va falloir les notifier, les classifier et ensuite résoudre les problèmes, du plus gros jusqu’au plus petit…  »

 

Des courses en prévision ?

« Quoiqu’il arrive, déjà, je ne vais rien faire pendant une semaine. Mais après, je ne m’interdis pas du tout d’aller au Marathon du Mont-Blanc (le 30 juin), où tout le monde s’est inscrit pour enchaîner. Au lieu de rester dans le négatif, il faut peut-être que je me serve de cette course pour, sans aller faire des prouesses ni des miracles, parce que ça va être dense, au moins rebondir, un petit peu…  »

(*) Championne du monde par équipes, masculine et féminine, titre individuel pour Blandine Lhirondel et médaille d'argent pour Julien Rancon. 

 

Jean-Philippe Béal

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