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Valentin Lavillenie aux portes du paradis

Lavillenie est en finale, ce mardi soir (à partir de 19 h 05), à Doha. Pas le roi Renaud éliminé en qualifications, mais Valentin, son frère cadet de retour de l’enfer de la blessure. 

Doha, 28 septembre, une journée noire pour les Bleus. Abandon de Yohann Diniz, éliminations de Jimmy Vicaut, d’Orlann Ombissa­-Dzangue, de Rénelle Lamote… Mais surtout, un séisme aux qualifications de la perche : après Alioune Sene, Renaud Lavillenie sèche devant une simple barre à 5,70 m !

« Malgré toute l’expérience que j’ai, je n’ai pas pu m’en sortir, déplore l’homme aux cinq médailles mondiales outdoor, face au micro de la FFA. Je vais attendre d’être tout seul dans ma chambre ce soir pour chialer, et je reviendrai dans trois jours pour encourager mon frère en finale. Je suis vraiment content pour lui. »

Car, ce soir­-là, le ciel de la finale s’ouvre devant le troisième Clermontois, Valentin Lavillenie. Le cadet de la fratrie ne figure pas dans le groupe des qualifiés directs, les huit ayant validé 5,75 m, Sam Kendricks en tête. Lui est juste derrière, premier pris à 5,70 m grâce à un parcours sans faute (5,45 m, 5,60 m, 5,70 m). Pas une surprise, non plus. « Avec ses deux perfs à “80” dans l’année, il peut passer les qualifs sans trop de souci », avait pronostiqué le technicien Philippe d’Encausse.

 

« Je vais essayer de lui mettre des étoiles dans les yeux »

 

Ce 28 septembre estampille, en fait, le second billet du perchiste du Clermont Athlé pour une finale mondiale après celle de Moscou, en 2013, où il échouait à la première barre. Une date gratifiante pour un athlète pas gâté. En 2014, suite à une fracture du dos (lyse isthmique), la pose d’un corset gâche sa saison. L’année suivante, le 15 juillet, l’onde de choc d’une perche qui vole en éclats fracture les 4e et 5e métacarpiens de son poignet gauche, le contraignant à renoncer aux Mondiaux de Pékin.

 

Pire, le 6 mai 2018. Aux interclubs à Vénissieux : chute, fracture du calcanéum, 11 vis au talon gauche, des douleurs « atroces » et le départ d’une longue rééducation sur fond de diagnostic médical clair : finie, la perche ! C’est mal connaître le généreux petit frère. Valentin entame son retour de l’enfer, marchant dès août, trottinant mi­-septembre, sautant en janvier, retrouvant la compétition en février à Miramas. Nourri à son obstinée volonté et au réconfort de ses proches, il efface par deux fois son record, le pose, un soir béni de Diamond League monégasque, à 5,82 m, 9e performance mondiale. Et 6e au soir du concours qatari, ouvrant le champ du possible derrière le trio à 6 m, Kendricks, Lisek, Duplantis.

Mais son ciel aux portes du paradis conserve le gros nuage qui lui a fait verser des larmes, le 28. « Ce qui est un peu dur à vivre, réagit l’attachant cadet, citant Lamartine, c’est qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé. J’aurais adoré vivre une deuxième finale avec Renaud, comme en 2013. Je vais essayer de lui mettre des étoiles dans les yeux comme il en a mis dans les miens si souvent depuis des années. »

 

Francis Laporte

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