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Photo © PASCAL GUYOT

Vern Cotter (MHR) : "L’équipe aurait pu s’effondrer"

À quelques jours du rendez-vous décisif et capital de son équipe, qui viendra défier Clermont, samedi (16 h 15) au stade Michelin, l’entraîneur de Montpellier nous a reçu pour disséquer la saison très compliquée qu’il vit et évoquer ses motifs d’espoir pour arracher une qualification quasi inespérée il y a encore quelques semaines.

Vern Cotter ne sera plus l’entraîneur en chef de Montpellier la saison prochaine. Après deux saisons, celui qui est son patron (Mohed Altrad), va lui mettre dans les pattes Xavier Garbajosa qui dirigera le sportif et les entraînements. Prié de prendre du recul, ou de la hauteur, l’ancien coach clermontois devrait devenir « directeur du rugby » avec des prérogatives élargies mais loin du terrain. Pour l’heure, Cotter reste entièrement « focus » sur son rendez-vous de samedi au stade Michelin.

Avec le recul, comment expliquez-vous votre laborieuse première partie de saison ?

« Déjà, la finale du dernier Top 14 (ndlr : perdue contre Castres) a été difficile à digérer. En plus, on retrouve Castres pour le match d’ouverture de cette saison et on perd. Après, paradoxalement, on ne fait pas une bonne saison à domicile mais on a gagné plus de match en déplacement que l’an dernier. Cela prouve qu’il y a du caractère dans cette équipe. Heureusement, car sinon, alors qu’en début de saison nous jouions contre nous-mêmes, on aurait pu s’effondrer. »

Vous êtes en position de qualifiable avant cette dernière journée ? Comment avez-vous fait ?

« En réglant quelques détails à l’intérieur du groupe, notamment deux ou trois choses relationnelles entre joueurs pour mieux se comprendre. À partir de ces discussions, on est reparti sur d’autres bases, un peu plus saines. »

Problèmes relationnels ? Il y avait des clans dans votre groupe ?

« On ne jouait pas en équipe car tout le monde n’avait pas le même objectif. Sans rentrer dans les détails, car cela doit rester en interne, il y a eu des explications qui ont permis de repartir de l’avant. Il fallait changer la façon de faire. »

À quelle date situez-vous le réveil de Montpellier ?

« La prise de conscience a eu lieu le soir de notre défaite à la maison contre Perpignan (28-10, le 16 février). Les joueurs se sont parlés entre-eux. Tout le monde avait sa part de responsabilité là-dedans, mais ce soir-là, j’ai senti un esprit de rébellion chez les joueurs qui aiment le club. Et ces joueurs ont voulu resserrer le reste du groupe pour sauver la saison, jouer enfin ensemble. »

Jouer ensemble... ça paraît être la base ?

« Sur les matchs couperets, comme la finale de l’an passé, où il y a beaucoup de pression, nous n'étions pas vraiment connectés sur le terrain. On manquait vraiment de cohésion. Il y a eu parfois des réactions d’orgueil, mais l’équipe n’était pas soudée. Il a fallu ce match contre l’USAP pour se parler. »

"Je n'ai jamais vécu une saison aussi compliquée"

En tant que coach, on imagine que cette saison est éprouvante ?

« Je trouve la saison en effet très dure, difficile. D’ailleurs, il y a trois ou quatre mois j’ai compris ce qu’avait vécu Franck (Azéma) à Clermont la saison dernière. Ça apprend à faire le dos rond... »

Est-ce finalement plus compliqué d’entraîner Montpellier que Clermont ?

« Ici, le club est plus basé sur des résultats à court terme. Quand je suis arrivé à Clermont (ndlr : 2006), je savais que l’on était sur de la construction à long terme. Ceci dit, je n’ai jamais vécu une saison aussi compliquée, c’est une certitude. La dernière que j’ai faite à l’ASM était difficile ; je passais la main, on perd en barrage à la maison mais on s’était qualifié. Là, ce n’est pas encore fait pour Montpellier (sourires). »

Votre président (Mohed Altrad) vous a-t-il mis beaucoup de pression ?

« La pression, ici, elle est très importante, c’est sûr. Le président veut la victoire. C’est comme ça, c’est le job. »

Et votre avenir ? L’arrivée de Xavier Garbajosa est-elle un désaveu pour vous et qu’allez-vous faire ?

« Joker ! On évoquera le sujet plus tard. Vous comprenez bien que là, à quelques jours de la dernière journée, on est, et je suis, complètement focus sur ce rendez-vous à Clermont. »

"Si on se qualifie...on sera pénible à jouer"

Justement, dans quel état d’esprit êtes-vous avant de venir au Michelin chercher la qualification ?

« Il faut gagner ! Tout le monde est au courant. Quoi qu’il arrive, on va continuer à construire. Ce qui me fait plaisir sur cette fin de saison est l’arrivée de jeunes joueurs qui apportent de l’enthousiasme. Maintenant, on a encore un espoir de finir dans le top 6, on va jouer notre carte à fond. »

Et si vous échouez ?

« Ce sera une déception. Après, il faut regarder notre saison. On est passé par des moments très difficiles, l’équipe aurait pu couler à pic et être là, à une journée de la fin, en position de se qualifier, c’est une belle preuve de caractère. Échouer si près serait très décevant. Avant de venir au Michelin, la bonne nouvelle est que nos résultats en déplacement n’ont jamais été aussi bons que cette saison... »

À l’inverse, si vous vous qualifiez…

« Là... On pourrait être pénible à jouer pour nos adversaires (rires). Avec tout ce que l’on a vécu, on jouerait les phases finales avec un vrai souffle d’enthousiasme et beaucoup de confiance, je pense. Sur le terrain, je vois aujourd’hui qu’on est capable de faire des choses intéressantes, de développer un jeu pertinent. Si on passe, on sera capable de gagner un barrage à l’extérieur, j'en suis certain. Et après, tout peut arriver. Castres a été un bon exemple la saison dernière. »

 

Propos recueillis par Christophe Buron

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